Postconfinement

Luz ZAPATA /

« Il faudrait que j’aille dans l’antimonde et que je discute avec des antipersonnes et que de l’antilumière se répande sur les anti-objets ; il faut que j’entre dans l’antihomme, voilà la seule contrefaçon probante de me sortir d’ici ».
Valère Novarina, La Scène

Le mot « postconfinement » a fait son apparition dans le monde des idées, commençant à désigner par-là une société de l’après confinement.

Dans cette nouvelle société, nous pouvons sortir sans attestation, avant il fallait en remplir une à l’occasion de chaque sortie. Le port d’un masque est conseillé, et obligatoire dans certaines circonstances. Depuis que le coronavirus a fait son apparition, les pouvoirs publics ont donné des consignes afin d’entrer dans le monde des postconfinés : un monde sans contact, dans lequel il est nécessaire de se tenir à un mètre minimum les uns des autres, il n’est pas possible de s’embrasser, ni de se serrer la main. Pour les contacts humains, vous êtes priés de prendre rendez-vous sur une des plateformes mises à disposition, et selon les possibilités, on vous recevra.

Les écoles accueilleront les enfants qui devront se tenir à carreau. Quant aux adolescents, ils sont assez grands pour se débrouiller seuls avec leur téléphone portable. Et les universités ? Les classes virtuelles sont préconisées pour la rentrée. Certains parcs et lieux publics sont toujours fermés, quelques plages sont ouvertes en « mode dynamique » : dans le monde postconfiné il n’est pas question de se prélasser sur la plage, ou de montrer une quelconque tendance au relâchement. Si l’on va sur la plage c’est de passage : la marche, le passage vers l’eau, le sport, sont autorisés. Avis donc à ceux qui pensaient aller à la plage pour se reposer. Les activités sportives en groupe sont proscrites également, dix mètres doivent séparer deux cyclistes et deux coureurs à pied. Dans le monde postconfiné les humains sont séparés.

Pour le travail, c’est la même chose, vous êtes priés de télé-travailler, même si vous habitez dans un petit appartement avec votre famille, à vous de trouver les moyens de vous concentrer et d’effectuer le travail attendu. Pour ceux qui ne peuvent pas télé-travailler, diverses solutions sont offertes : le chômage partiel, la réorientation, découvrir des nouvelles capacités de changement et d’adaptation, vous « réinventer ». Il y a deux injonctions dans l’époque postconfinement : « se réinventer » et « être résilient ». 

La crainte d’être contaminé par le virus s’est emparée des populations, qui se sont habituées à vivre confinées, sans contacts humains si ce n’est à travers des plateformes virtuelles. Ici et là on cherche les moyens de se rencontrer, mais la crainte et la méfiance semblent gagner les esprits et l’on se demande comment faire pour rencontrer de nouvelles personnes, pour ne pas rester toujours avec ceux que nous connaissons déjà, avec nos proches et rien qu’avec nos proches.

Dans cette nouvelle société tout est fait pour rester dans l’ « entre-soi », c’est plus sûr, moins dangereux. Et si l’envie vous prend d’aller à la rencontre des autres, dans un élan primaire de lien social, pas d’inquiétude : s’il vous arrivait de contracter le virus à cette occasion de promiscuité malencontreuse, une brigade sanitaire est prête à intervenir pour vous accompagner, vous et tous ceux que vous aurez rencontrés, afin de vous protéger. Branchés que nous sommes, nous accueillons avec un enthousiasme de « geek » l’idée de se déclarer sur une application au nom alléchant, et d’y déclarer toutes les personnes avec qui nous avons été en contact, tant qu’à faire, autant les faire entrer aux aussi dans le monde postconfiné où il s’agit plus que jamais d’être à la page. Etre à la page ou ne pas être, Telle est la question ! Le confinement d’office pour les personnes atteintes du virus (même asymptomatiques) fait son apparition petit à petit, et nous acquiesçons sans broncher. Après tout on nous avait bien prévenus : « restez chez vous » !

Un traitement ? Remdésivir, tocilizumab, chloroquine, anticorps de lama… Nous avons le choix parmi ces essais non concluants. Mais une lueur d’espoir est apparue ce matin : le PDG d’un grand laboratoire français a déclaré hier soir que s’il mettait au point un vaccin, les Américains seraient les premiers à être livrés. Ah la bonne nouvelle ! Le même laboratoire s’est dépêché ce matin à démentir ces propos. Mais il y a comme un doute : démenti sur l’approche d’un vaccin ou sur sa réserve pour les américains ? Heureusement il y a eu l’intervention rassurante de la ministre de la recherche. Pendant un moment j’ai craint que la course au vaccin ne mette en concurrence les êtres humains dans le monde entier !

Dans l’époque du postconfinement, nous sommes sous liberté masquée, et allons doucement mais sûrement vers l’obsolescence programmée des liens humains.

Luz ZAPATA
14 mai 2020

Un commentaire sur “Postconfinement

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  1. Merci Luz pour ces lignes qui pour ne pas être optimistes, me semblent tellement réalistes. Postconfinement, déconfinement et tous ces mots nouveaux qui se font d’usage quotidien et « normal ». Sortez masqués er soyez résilients. Au moment où l’usage à tout propos commençait à m’énerver, est paru l’article bien intéresant de R Brassié. Je me demande pourquoi ce mot qui n’a plus de sens précis est tellement employé. Masques et cache misère ?
    MH Le Duff

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