La pulsion comme contentionnée ?

Marie MOTTE /

La question que je me pose aujourd’hui, est comment la pulsion peut-elle dans ce contexte, se décharger, quand l’appareil psychique semble pris dans l’étau des murs d’une habitation ? 

Spectatrice du dehors, et plus particulièrement face à des dizaines de petites fenêtres, opaques à laisser penser qu’il existe une vie derrière chacune, certes confinée, mais n’excluant pas la poursuite d’un quelque chose, je m’interroge. La poursuite de quoi ? Je ne le sais pas vraiment. Pour ma part, il n’y a pas de rencontre ni de présence physique. Simplement de l’échange virtuel, qui commence à me peser. Ce virtuel faisant écran, j’en viens à entrer dans de l’Imaginaire, un Imaginaire qui voit passer certaines angoisses.

La tentation se fait sentir de combler ce vide et d’endiguer l’angoisse par de l’Autre virtuel. Un Autre qui ne manque pas, qui publie, qui est actif, qui vit, fourmille, pullule. Encore plus angoissant. Mais il y a aussi de l’illusion dans cet Autre de la technologie numérique, de « la toile », et celle-ci se fait jour dans les échanges qui se nouent de nouveau, ce besoin qui pousse à demander, à aller vers ces autres, de recréer du lien. Toujours cette tentative pour ne pas être trop aspirée dans les angoisses et le sifflement silencieux de l’extérieur, qui ne peut que se faufiler par l’interstice de la porte-fenêtre.

Le lien aux autres, en période de confinement, s’en trouve porté au zénith jusqu’à parfois être pris dans une dynamique qui voudrait enrailler le manque, jusqu’à l’aliénation d’un collage à l’Autre. Pourtant, il y a également pour d’autres, un repli sur soi, dans une jouissance presque auto-suffisante, à consommer la chute de la responsabilité à (de celle à s’inscrire dans l’impératif quotidien), quand elle n’est pas une manière d’échapper à l’angoisse. Parce qu’y a-t-il toujours de l’angoisse ? Chacun n’a-t-il pas sa propre façon de réagir face au Réel ?

Cela concerne alors une séparation de l’Autre, ou à l’inverse pour certains, un trop de proximité. La séparation laisse un trou, un vide, renvoyant à la division subjective et à une quête peut-être alors décuplée, de l’objet. Le versant du trop a lui aussi à voir avec la jouissance, là où principes de plaisir et de réalité se rencontrent avec d’autant plus de fracas.

Chacun aménage alors sa réalité en conséquence de sa subjectivité mais aussi en fonction de son objet privilégié. Le lien est peut-être à faire alors pour certains, avec une pulsion orale qui trouve satisfaction à travers l’alimentation, afin de combler un peu de ce vide, ce que l’on retrouve également sur les réseaux sociaux (à voir le nombre de cuisiniers en herbe qui y publient leurs recettes), ou encore dans les conversations avec autrui.

Pour revenir à l’objet, j’ai été particulièrement surprise de constater la rapidité de ce monde néo-libéral à s’organiser, à réenclencher la dynamique consumatrice. En effet, émergent de nombreuses offres de produits, dont un matériel de sport adapté, des collections de vêtements destinées au télétravail, et tout un commerce du confinement qui se développe, visant à s’insinuer, une fois encore, dans ce qui fait manque, portant sur un piédestal l’objet auquel la consommation pourrait se substituer. Cet effet du capitalisme ne peut-il que revenir au galop, quand la pulsion « se tourne les pouces » ?

La pulsion, représentée par une énergie psychique libidinale, a à se satisfaire partiellement, à travers ses destins. Il s’en suit que dans ce contexte, les réaménagements doivent permettre tout de même une régulation de la tension psychique, sous peine d’un trop plein qui envahirait. Les voies de satisfaction habituelles étant impactées, comment trouver une issue pour la pulsion ?

En effet, la pratique sportive par exemple, ou toute autre activité, est fortement limitée. Celles-ci pouvaient auparavant marquer une sublimation chez le sujet. Aujourd’hui, par les différents interdits qui ont été dictés, ce destin pulsionnel est fortement perturbé. Il s’agit alors de trouver des voies de substitution orientées vers une activité plus que vers la passivité, si, il me semble, l’on souhaite pouvoir préserver cette capacité à aimer et travailler.

Cela pourrait être développé plus avant, néanmoins il me semble qu’il y ait une certaine contention de la liberté de choix du sujet, qui doit alors pouvoir s’adapter. Ceci posant par ailleurs question dans le cas de positions psychiques plutôt rigides ; n’y a-t-il pas un risque que les aménagements auparavant trouvés et permettant un équilibre psychique ne soit mis à mal et soient empreints dès lors, d’une certaine forme de radicalité signant une restriction de « marche de manœuvre » ? L’économie psychique peut-elle s’en trouver bouleversée au point de ne pas trouver d’aménagement qui tienne ?

Qu’en est-il, par ailleurs, de cette absence d’unification du moi pour certains sujets ? Les suppléances peuvent-elles tenir leur rôle ? L’angoisse de morcellement est-elle alors susceptible de déborder ?Ces questions ne sont qu’une ouverture à toutes les implications de la situation, qui n’est certes prescription que de rester chez soi, ce qui pourrait paraître une agréable façon de protéger autrui, de se protéger soi. Pourtant, comme chaque modification pouvant survenir, affectant toute la sphère sociale ainsi que les modalités de l’être, de l’avoir et du faire avec, les impacts ne peuvent être négligeables ni négligés…

Marie MOTTE

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